Zoovet Travel · Série Technique VII — Chronobiologie et stress du transport Février 2026
Revue technique : chronobiologie, axes HPA/SAM, zeitgebers

Désynchronisation circadienne et stress du transport chez le chien et le chat : le phénomène communément appelé « jet lag »

Revue rigoureuse des bases scientifiques disponibles sur la chronobiologie canine et féline, l'impact physiologique du transport et la plausibilité d'un syndrome de désynchronisation circadienne post-vol chez ces espèces, en distinguant les preuves directes des inférences biologiques fondées.

Jessica Ysabel Camacho Garcia, Vétérinaire — CMVP 12434  |  Víctor Jesús Camacho Paz, Vétérinaire — CMVP 3103 — Zoovet Travel, Lima, Pérou  |  Révision : février 2026
Portée et limites de ce document Espèces : Chien (Canis lupus familiaris) et chat (Felis catus). Le terme « jet lag » est utilisé dans cet article comme étiquette opérationnelle pour un phénomène cliniquement hétérogène : la combinaison de désynchronisation circadienne et de stress aigu/chronique du transport. Il n'implique pas que le jet lag humain soit directement extrapolable à ces espèces. Lorsque les preuves proviennent d'études chez l'homme ou les rongeurs, cela est explicitement indiqué. Les inférences biologiques fondées sur des mécanismes conservés sont présentées comme hypothèses plausibles, et non comme faits prouvés chez le chien/chat. Ce document est informatif et de référence technique. Il ne constitue ni prescription vétérinaire ni guide clinique. Toute décision de prise en charge doit être adoptée par un vétérinaire traitant.
Résumé structuré Contexte : Le transport international d'animaux de compagnie à travers plusieurs fuseaux horaires expose les chiens et les chats à deux perturbations physiologiques simultanées : le stress aigu du voyage, médié par les axes Sympathique-Adréno-Médullaire (SAM) et Hypothalamo-Hypophyso-Surrénalien (HPA), et la désynchronisation des zeitgebers (synchroniseurs temporels) qui régulent les rythmes circadiens de l'animal. La confluence des deux mécanismes produit un tableau d'altérations comportementales, du sommeil, de l'appétit et gastrointestinales désigné couramment « jet lag » en pratique clinique vétérinaire et dans l'industrie de la relocation d'animaux.

Objectif : Réviser avec rigueur les bases scientifiques disponibles sur la chronobiologie canine et féline, l'impact physiologique du transport et la plausibilité d'un syndrome de désynchronisation circadienne post-vol chez ces espèces, en distinguant les preuves directes des inférences biologiques fondées.

Méthodes : Revue de sources primaires peer-reviewed incluant : Wenchner et al. (2024, Scientific Reports), Leadbeater et al. (2021, Veterinary Record), Bognár et al. (2021, Animals), Wormald et al. (2017, Applied Animal Behaviour Science), Piccione et al. (2013, JFMS), Pastore et al. (2011, Animal Welfare), Kis et al. (2014, Proc. Biol. Sci.), Andrews et al. (2015, JFMS), Beerda et al. (1998, Physiology & Behavior), Zanghi (2016, Journal of Veterinary Behavior), Randall et al. (1985, Reviews in Veterinary Science) et Dunlap et al. (2015, AJVR).

Principaux résultats : (1) Il existe une preuve directe chez le chien de désynchronisation des rythmes liée aux changements d'horaires de cohabitation humaine (social jetlag, Wenchner 2024). (2) Le transport aérien induit une activation documentée des axes SAM et HPA chez le chien, avec cortisol élevé jusqu'à 48 h post-voyage (Leadbeater 2021). (3) Les chiens ont un chronotype mesurable par actigraphie et leur rythme veille-sommeil est sensible aux perturbations environnementales (Bognár 2021). (4) Les chats sont fondamentalement crépusculaires avec un rythme circadien de température corporelle bien documenté, très dépendant du cycle lumière/obscurité (Piccione 2013, Randall 1985). (5) Il n'existe pas d'études d'actigraphie réalisées en vol ni d'essais cliniques sur la resynchronisation post-vol dans l'une ou l'autre espèce.

Limites : L'absence d'études longitudinales d'actigraphie pré/post vol transmeridien chez le chien et le chat oblige à construire le modèle théorique de l'article sur des inférences de mécanismes biologiques conservés. Cette limite est explicitement déclarée dans chaque section concernée.

Mots-clés : jet lag vétérinaire, désynchronisation circadienne canine, zeitgebers, stress transport aérien, chronobiologie féline, axe HPA chien, social jetlag animaux, actigraphie vétérinaire.

Section 1 Définition opérationnelle : « jet lag » comme étiquette clinique

1.1 Jet lag humain et limites de l'extrapolation

Le jet lag en médecine humaine est un syndrome chronobiologique bien défini, produit par le déplacement rapide à travers plusieurs fuseaux horaires et caractérisé par un désalignement entre l'horloge interne de l'individu et le temps environnemental local. Ses manifestations incluent insomnie ou hypersomnie, fatigue, altération cognitive, troubles gastrointestinalux et irritabilité. La physiopathologie centrale implique le noyau suprachiasmatique (SCN) de l'hypothalamus, qui agit comme marqueur central du système circadien et se resynchronise plus lentement que les stimuli environnementaux après un changement brutal de fuseau horaire.

L'utilisation du terme « jet lag » en contexte vétérinaire est fonctionnellement descriptive mais scientifiquement imprécise. Pour que le syndrome humain soit directement extrapolable au chien ou au chat, au moins deux conditions devraient être remplies : que l'animal ait un SCN fonctionnel équivalent avec des propriétés de resynchronisation similaires, et qu'il éprouve subjectivement le désalignement temporel. La première condition est raisonnablement étayée par des preuves anatomiques et physiologiques ; la seconde ne peut être vérifiée avec les outils actuels.

Cet article adopte donc une position conservative et vérifiable : parler de désynchronisation circadienne et de stress du transport comme mécanismes documentés ou plausibles, en utilisant « jet lag » exclusivement comme terme opérationnel de vulgarisation.

1.2 Deux mécanismes, pas un : désynchronisation circadienne vs. stress aigu du transport

Il est conceptuellement important de distinguer les deux mécanismes qui convergent chez l'animal venant d'effectuer un vol transmeridien long-courrier :

Désynchronisation circadienneStress aigu du transport
MécanismeDécalage entre l'horloge interne et les zeitgebers du nouvel environnement (lumière, horaires d'alimentation, routine d'activité).Activation des axes SAM et HPA par les stresseurs physiques et environnementaux du voyage : confinement, bruit, mouvement, température, pressurisation, privation d'eau et de nourriture.
Échelle temporelleJours à semaines (processus de resynchronisation progressive).Heures à 2-3 jours (récupération de la réponse au stress aigu, selon Leadbeater et al., 2021).
Preuve chez chien/chatIndirecte (social jetlag chez le chien, Wenchner 2024). Inférence biologique pour les vols transmeridiens.Directe et documentée (Leadbeater 2021 ; Wormald 2017 ; Beerda 1998).
ManifestationsAltérations du sommeil, changements comportementaux, désorientation temporelle.Cortisol élevé, tachycardie, halètement, inappétence, troubles GI, léthargie.

En pratique de relocation d'animaux, les deux mécanismes coexistent et se renforcent. Un animal qui arrive stressé dans le nouvel environnement a une capacité compromise à se resynchroniser rapidement car le stress lui-même altère les rythmes circadiens. Ce chevauchement explique pourquoi la période d'adaptation post-vol ne peut être simplifiée en un processus linéaire unique.

Section 2 Fondements de chronobiologie pertinents

2.1 L'horloge centrale : noyau suprachiasmatique (SCN)

Le système circadien des mammifères est organisé de façon hiérarchique. Le SCN de l'hypothalamus antérieur agit comme marqueur maître : il intègre l'information lumineuse reçue via le tractus rétino-hypothalamique et coordonne les horloges périphériques présentes dans pratiquement tous les tissus de l'organisme (foie, intestin, muscle, peau). Cette architecture est conservée au plan évolutif chez tous les mammifères, y compris le chien et le chat, ce qui rend biologiquement plausible — bien que non spécifiquement prouvé pour les vols transocéaniques — que des perturbations des stimuli d'entrée au SCN produisent une désynchronisation chez ces espèces.

Les horloges périphériques peuvent se désynchroniser entre elles et par rapport au SCN lorsque les zeitgebers qui les gouvernent ne changent pas simultanément. C'est précisément ce qui se produit lors d'un vol transmeridien : la lumière du nouvel environnement peut changer brutalement, mais les horaires d'alimentation, la température ambiante et les rythmes d'activité du propriétaire s'adaptent à des rythmes différents. Il en résulte une discoordination interne qui, chez l'homme, produit des symptômes mesurables.

2.2 Zeitgebers : les synchroniseurs de l'horloge biologique

Le terme zeitgeber (de l'allemand : « donneur de temps ») désigne les stimuli environnementaux qui synchronisent l'horloge interne avec le cycle environnemental de 24 heures. Chez les mammifères, les principaux zeitgebers sont :

L'intérêt d'énumérer les zeitgebers dans le contexte du transport aérien est qu'ils sont tous perturbés simultanément pendant un vol long-courrier : l'exposition lumineuse change (cabine tamisée ou lumière artificielle), l'animal peut ne pas recevoir de nourriture pendant 8-12 h ou plus, la température en soute varie, et l'interaction sociale avec le propriétaire est nulle ou minimale. Le vol est, en ce sens, une perturbation multizeitgeber simultanée.

2.3 Ce que l'on sait du chien et du chat : rythmes documentés

Chiens : Zanghi (2016) a démontré par monitorisation d'activité sur 24 h que le chien domestique a un pattern de rythme diurne-crépusculaire mais très modelable par l'emploi du temps du propriétaire. Cette adaptabilité, qui favorise la cohabitation, implique aussi que le chien est particulièrement vulnérable à la désynchronisation lorsque les horaires du propriétaire changent brutalement — exactement ce qui se produit lors d'un changement de fuseau horaire.

Social jetlag chez le chien (Wenchner et al., 2024) : Cette étude publiée dans Scientific Reports est le résultat le plus pertinent et le plus récent pour cet article. Les auteurs ont documenté que les chiens dont les propriétaires changent d'horaires entre semaine et week-end (le « social jetlag » humain) présentent des altérations mesurables de la qualité du sommeil et des patterns d'activité. C'est la première étude démontrant directement que les chiens souffrent de désynchronisation circadienne en réponse aux changements d'horaires de cohabitation humaine — un mécanisme directement analogue, bien que non identique, à celui déclenché par un vol transmeridien.

Chats : Piccione et al. (2013) ont documenté le rythme circadien de température corporelle chez le chat domestique, confirmant un pattern crépusculaire avec pics d'activité à l'aube et au crépuscule. Randall et al. (1985) ont montré que le cycle lumière/obscurité est le régulateur dominant de l'activité féline, avec une rigidité adaptative plus grande que chez le chien. Cette plasticité moindre rend le chat potentiellement plus vulnérable aux perturbations lumineuses brutales comme celles produites par un vol de nuit à travers plusieurs fuseaux horaires.

Limite d'extrapolation — déclaration explicite Tout ce qui est décrit dans cette section concernant la désynchronisation circadienne post-vol transmeridien chez le chien et le chat est une inférence biologique plausible fondée sur des mécanismes conservés entre mammifères. Il n'existe pas d'études d'actigraphie pré/post vol transmeridien chez le chien ou le chat. L'extrapolation depuis la chronobiologie humaine et des rongeurs est déclarée et méthodologiquement justifiée, non dissimulée.

Section 3 L'axe stress–rythme : SAM et HPA comme pont

3.1 Réponse aiguë au transport : preuve directe chez le chien

Contrairement à la désynchronisation circadienne en soi, l'impact physiologique du stress du transport aérien chez le chien est documenté par des preuves directes de qualité acceptable.

Leadbeater et al. (2021, Veterinary Record) : C'est l'étude la plus complète disponible sur le bien-être canin pendant le transport. Les auteurs ont documenté des pics de cortisol salivaire pendant et après le transport aérien, avec des valeurs qui chez certains individus ont mis jusqu'à 48 h pour revenir à la ligne de base. Ce résultat a des implications pratiques directes pour la période d'observation post-arrivée.

Wormald et al. (2017, Applied Animal Behaviour Science) : Ont quantifié la tachycardie et le halètement comme marqueurs d'activation de l'axe SAM (Sympathique-Adréno-Médullaire) chez le chien pendant le transport. Ces paramètres sont des indicateurs d'activation sympathique aiguë, cohérents avec la phase initiale de la réponse au stress : libération d'adrénaline et noradrénaline par la médullosurrénale.

Beerda et al. (1998, Physiology & Behavior) : Ont établi les paramètres de référence pour la réponse du cortisol urinaire et plasmatique chez le chien soumis à des stresseurs environnementaux, dont le confinement et la nouveauté. C'est la référence méthodologique qui permet d'interpréter les valeurs de cortisol dans les études plus récentes.

3.2 L'interaction bidirectionnelle entre stress et rythmes circadiens

Note d'extrapolation : le mécanisme décrit dans ce paragraphe est principalement documenté chez l'homme et les rongeurs. Son application au chien et au chat est présentée comme une inférence biologique fondée sur des mécanismes évolutivement conservés.

La relation entre les axes du stress et le système circadien est bidirectionnelle et particulièrement pertinente pour comprendre pourquoi la période d'adaptation post-vol est plus complexe que le simple réajustement d'une horloge :

Pastore et al. (2011, Animal Welfare) : Cette étude a confirmé que le chien présente un rythme circadien du cortisol similaire à l'homme, avec un pic matutinal. Cette base est essentielle pour pouvoir parler de « désynchronisation de l'axe HPA » comme phénomène plausible lorsque le chien arrive dans un fuseau horaire où le « pic matutinal » devrait survenir à un moment que son horloge interne enregistre encore comme une autre heure du jour.

3.3 Stress et ses effets sur le sommeil, l'appétit et la motilité gastrointestinale

Le stress du transport peut expliquer, par des mécanismes bien documentés, trois des manifestations les plus fréquemment rapportées en période post-vol :

Section 4 Phénotypes observables post-voyage

Cette section décrit les altérations comportementales et physiologiques fréquemment rapportées par les propriétaires et les vétérinaires en période post-vol immédiate (premières 24-72 h) et en période d'adaptation intermédiaire (environ jours 3-14). Le langage utilisé est délibérément conservateur : les manifestations sont décrites comme « fréquemment rapportées » ou « compatibles avec » les mécanismes décrits, et non comme conséquences causalement établies.

4.1 Altérations du sommeil et de la vigile

Ce sont les manifestations les plus directement liées à la désynchronisation circadienne et les plus fréquemment rapportées chez les chiens ayant effectué des vols transmeridiens de plus de 6 fuseaux horaires :

4.2 Inappétence et changements de prise alimentaire

L'inappétence dans les 12-24 premières heures post-voyage est une manifestation fréquemment rapportée et biologiquement cohérente avec l'activation sympathique résiduelle et le jeûne prolongé pendant le vol. Dans la plupart des cas, l'appétit se normalise en 24-48 h. Les changements du moment de la demande alimentaire (l'animal réclame à manger à des heures qui ne correspondent pas à son nouvel environnement) sont compatibles avec la persistance du rythme circadien de l'horloge périphérique gastrointestinale. Les horaires d'alimentation étant un zeitgeber, l'irrégularité des repas en période post-voyage peut prolonger la désynchronisation.

4.3 Changements gastrointestinalux

Des selles molles ou de consistance variable, des épisodes de vomissement isolés et des flatulences sont fréquemment rapportés en période post-voyage. L'interprétation de ces signes doit se faire dans le contexte du voyage complet : jeûne pré-voyage (nombreuses compagnies et protocoles recommandent une restriction alimentaire 4-8 h avant le vol ; un jeûne prolongé suivi de réalimentation peut produire des changements transitoires de motilité et de microbiote) ; stress du voyage (l'activation de l'axe HPA altère la motilité GI et peut compromettre temporairement la fonction de barrière épithéliale intestinale) ; changement d'eau (l'eau au nouveau lieu de destination peut avoir une composition minérale différente). La présence de signes GI persistants (au-delà de 48-72 h), d'hématémèse, de méléna ou de signes systémiques nécessite une évaluation vétérinaire.

4.4 Altérations comportementales : hypervigilance, léthargie et vocalisation

Hypervigilance et exploration excessive : compatibles avec l'activation sympathique résiduelle et le besoin biologique de cartographier un nouvel environnement. Léthargie : fréquente chez les animaux dont le stress du voyage a été plus intense ou prolongé ; compatible avec la phase d'épuisement qui suit une activation soutenue de l'axe HPA. Vocalisation nocturne : notamment chez les chiens avec prédisposition à l'anxiété de séparation ; compatible avec la combinaison de désorientation temporelle et d'activation résiduelle. Inattention ou désorientation apparente : compatible, selon Kis et al. (2014), avec l'altération du sommeil paradoxal et son rôle dans la consolidation de la mémoire spatiale et contextuelle.

Note clinique Les manifestations décrites dans cette section sont fréquemment rapportées et biologiquement cohérentes. Aucune n'est toutefois pathognomonique du « jet lag » ni ne peut être diagnostiquée comme telle en l'absence d'élimination d'autres causes. Le diagnostic différentiel pour tout animal symptomatique post-voyage doit toujours être réalisé par un vétérinaire, en considérant aussi les maladies infectieuses acquises dans le pays d'origine ou de transit, les intoxications, les traumatismes du transport et les pathologie préexistantes décompensées par le stress.

Section 5 Différences selon l'espèce et l'état physiologique

5.1 Chien vs. chat : tolérance différentielle au changement de routine

ParamètreChiensChats
Pattern d'activitéDiurne/crépusculaire, très adaptable à l'emploi du temps humain (Zanghi, 2016)Fondamentalement crépusculaire, rigidité adaptative plus grande (Randall, 1985)
Plasticité circadienneÉlevée : le rythme canin peut être modulé par le social jetlag du propriétaire (Wenchner, 2024)Moindre : le cycle lumière/obscurité est le régulateur dominant
Réponse au stress du transportDocumentée : cortisol et paramètres cardiorespiratoires (Leadbeater 2021, Wormald 2017)Moins étudiée ; la rupture du lien avec l'environnement connu élève la réponse au stress (Vitale, 2019)*
Tolérance au confinementVariable ; corrélée au tempérament et au conditionnement préalableGénéralement moindre ; le chat dépendant du territoire est plus vulnérable
Vitesse de resynchronisation attendueInférée : hypothèse de 2-5 jours pour des changements de 6-12 fuseaux (extrapolation du modèle humain)Inférée : possiblement plus lente en raison d'une plasticité circadienne moindre ; non quantifiée

* Vitale et al. (2019, Current Biology) : étude sur le lien d'attachement entre chats et humains. Utilisée ici comme cadre conceptuel pour argumenter que la rupture de l'environnement connu active la réponse au stress chez le chat. Ce n'est pas une étude de transport aérien ; indiqué comme référence de cadre, non comme preuve directe.

5.2 Facteurs de vulnérabilité : chiots, animaux gériatriques et maladie chronique

Chiots (< 6 mois) : le système circadien n'est pas totalement mature ; la réponse au stress peut être plus intense ; le jeûne prolongé a des conséquences métaboliques plus graves chez les jeunes animaux de petite taille. Animaux gériatriques (> 8-10 ans) : Bognár et al. (2021) ont documenté que la fragmentation du sommeil augmente avec l'âge chez le chien ; les gériatriques peuvent avoir une fenêtre de resynchronisation plus lente. Maladie chronique : les pathologies affectant l'axe HPA, le SNC, le tractus GI ou la fonction rénale peuvent se décompenser sous l'effet du stress du transport. Races brachycéphales : le compromis des voies aériennes supérieures amplifie le stress du transport en conditions de température élevée ou de confinement.

Section 6 Magnitude du changement de fuseau horaire : un modèle de risque

Note méthodologique : la relation entre le nombre de fuseaux horaires et la magnitude de la désynchronisation est bien documentée chez l'homme. Son application au chien et au chat est présentée comme hypothèse de travail appliquée à la désynchronisation des routines, et non comme fait prouvé chez ces espèces.

En médecine humaine, la gravité du jet lag corrèle avec : (a) le nombre de fuseaux horaires traversés, (b) la direction du voyage (les vols vers l'est génèrent une désynchronisation plus grande que vers l'ouest), et (c) les caractéristiques individuelles du voyageur. En appliquant ce cadre comme hypothèse de travail aux animaux de compagnie :

CatégorieChangement de fuseauImplication attendue pour les routines
Faible1-3 fuseauxDécalage léger des horaires d'alimentation et de promenade. Resynchronisation attendue en 1-3 jours avec maintien des routines.
Modéré4-7 fuseauxDécalage significatif du cycle lumière/obscurité. Altérations du sommeil et de l'appétit probables pendant 3-7 jours. Nécessite une gestion active des zeitgebers.
Élevé8-12+ fuseauxDécalage maximal, incluant une potentielle inversion partielle du cycle. La période d'adaptation peut s'étendre à 7-14 jours. Vulnérabilité amplifiée chez les gériatriques et les chiots.
Application de ce modèle Cette catégorisation du risque est un outil de planification logistique basé sur le cadre du jet lag humain, appliqué par analogie à la désynchronisation des routines chez l'animal. Elle n'a pas été validée expérimentalement chez le chien ou le chat. Elle doit être utilisée comme guide d'orientation pour anticiper la période d'adaptation, et non comme prédicteur clinique précis.

Section 7 Re-entrainment : comment un animal se réaligne

Le re-entrainment est le processus par lequel le système circadien se resynchronise avec les zeitgebers du nouvel environnement. Chez l'homme, la règle empirique est environ un jour d'adaptation par fuseau horaire traversé. Chez le chien et le chat, ce paramètre n'a pas été spécifiquement mesuré.

7.1 Rôle des zeitgebers dans la resynchronisation

Cycle lumière/obscurité : l'exposition à la lumière naturelle du nouvel environnement aux bons moments de la journée (matin au lieu de destination) accélère la resynchronisation du SCN. Horaires d'alimentation : maintenir des horaires réguliers adaptés au nouveau fuseau dès le premier jour active l'un des zeitgebers les plus pertinents pour les horloges périphériques. Routines d'activité et de socialisation : maintenir des routines régulières de promenade, jeu et interaction aux heures du lieu de destination fournit des signaux zeitgeber sociaux et d'activité. Cadre temporel attendu (hypothèse de travail) : en l'absence de données spécifiques pour le chien et le chat, il est raisonnable d'estimer que des animaux adultes sains atteignent une resynchronisation fonctionnelle en 3 à 10 jours pour des changements de 6-12 fuseaux, avec une variabilité individuelle significative.

7.2 Mélatonine : position dans les preuves

Dunlap et al. (2015, AJVR) : ont documenté que les taux plasmatiques de mélatonine endogène chez le chien sont significativement plus bas que chez l'homme. Cette différence quantitative remet en question l'extrapolation directe des protocoles de dosage humains au chien. Il n'existe aucun essai clinique contrôlé ayant évalué la mélatonine exogène pour la resynchronisation post-vol chez le chien ou le chat. La mélatonine n'est ni prescrite ni recommandée dans cet article. Elle est indiquée comme domaine à preuves insuffisantes pour l'usage spécifique du jet lag aérien chez les animaux de compagnie.

Section 8 Implications pour le transport et les propriétaires

8.1 Variables que le propriétaire et l'opérateur peuvent contrôler

Variable contrôlablePertinence chronobiologique et stress
Heure d'arrivée au lieu de destinationArriver le matin ou en début d'après-midi au lieu de destination facilite une exposition lumineuse correcte dès le premier jour.
Durée des escales et attentesLes attentes prolongées à l'aéroport amplifient le stress soutenu de l'axe HPA. Les trajets directs ou escales courtes réduisent la durée totale d'activation du stress.
Familiarisation préalable avec la caisseUn animal qui perçoit la caisse comme un espace sûr a une réponse au stress significativement plus faible pendant le vol.
Température de l'environnement de transportLes températures de confort (18-24 °C) réduisent la charge physiologique totale du voyage.
Hydratation pré-volLe jeûne hydrique doit être minimisé. La déshydratation amplifie la réponse au stress.
Conserver l'odeur du propriétaireUn objet avec l'odeur du propriétaire dans la caisse agit comme signal de sécurité sociale et réduit l'activation de l'axe SAM.

8.2 Ce qui se passe dans la soute à bagages

Éclairage : pratiquement nul ou très faible ; l'animal est dans l'obscurité pendant la majeure partie du vol. Bruit : le niveau en soutes est élevé (70-85 dB ou plus en croisière) ; c'est un stresseur significatif et soutenu. Température : régulée dans les soutes éligibles aux animaux selon les normes IATA, mais avec variabilité pendant l'embarquement/débarquement sur le tarmac. Pressurisation : équivalente à environ 1 500-2 400 m d'altitude ; il n'y a pas de preuve que l'hypoxie relative à cette altitude ait un impact clinique pertinent chez les animaux sains.

Lacune de preuve déclarée Il n'existe pas d'études d'actigraphie ni de monitorisation physiologique réalisées pendant le vol à l'intérieur de la soute. Tout ce que nous savons de l'état physiologique de l'animal pendant le vol provient d'inférences environnementales et de mesures post-voyage.

8.3 Les premières 48 heures au lieu de destination

Prioriser l'accès à l'eau propre au lieu de destination immédiatement à l'arrivée. Ne pas forcer l'alimentation si l'animal présente une inappétence dans les 4-6 premières heures. Exposer l'animal à la lumière naturelle du nouvel environnement pendant les heures diurnes au lieu de destination. Maintenir les routines du lieu de destination (heures des repas, promenades) dès le premier jour, et non adaptées à l'heure d'origine. Réduire les stresseurs additionnels : visites, changements d'environnement, présentations à d'autres animaux. Si les signes GI, l'inappétence ou les altérations comportementales persistent au-delà de 48-72 h, consulter un vétérinaire sur place.

Section 9 Limites et hiérarchie des preuves

9.1 Carte des preuves disponibles

Affirmation / MécanismeType de preuveSource principale
Le transport aérien élève le cortisol chez le chien jusqu'à 48 hPreuve directe — étude chez le chienLeadbeater et al. (2021)
Le transport induit tachycardie et halètement chez le chienPreuve directe — étude chez le chienWormald et al. (2017)
Les chiens ont un rythme circadien du cortisol avec pic matutinalPreuve directe — étude chez le chienPastore et al. (2011)
Le chien a un chronotype mesurable ; le sommeil se fragmente avec le stressPreuve directe — étude chez le chien (actigraphie)Bognár et al. (2021)
Le social jetlag humain désynchronise le sommeil du chienPreuve directe — étude chez le chienWenchner et al. (2024)
Le chat est crépusculaire avec rythme circadien de température corporellePreuve directe — étude chez le chatPiccione et al. (2013)
Le cycle lumière/obscurité régule l'activité du chatPreuve directe — étude chez le chatRandall et al. (1985)
Le cortisol désynchronise les horloges périphériquesPreuve humain/rongeur — EXTRAPOLATION DÉCLARÉELittérature chronobiologique générale
Un vol transmeridien produit un jet lag chez chien/chatAUCUNE preuve directe — inférence biologiqueModèle théorique construit dans cet article
Temps de resynchronisation post-vol chez chien/chatAUCUNE preuve directe — hypothèse de travailExtrapolation du modèle humain

9.2 Lacunes de preuve déclarées

Les cinq lacunes de preuve les plus pertinentes : (1) Jet lag réel chez le chat : il n'existe pas d'études de désynchronisation physiologique par changement de fuseau horaire chez le chat domestique. (2) Mélatonine et jet lag aérien : aucun essai clinique contrôlé n'a évalué la mélatonine exogène pour la resynchronisation post-vol chez le chien ou le chat. (3) Microbiote intestinal et changement de fuseau : il n'existe pas de preuve équivalente chez le chien ou le chat. (4) Cinétique de resynchronisation : le temps exact de resynchronisation biologique post-vol transmeridien chez le chien et le chat est inconnu. (5) Physiologie pendant le vol : il n'existe pas d'études d'actigraphie ni de monitorisation continue du cortisol, de la fréquence cardiaque ou de la température réalisées pendant le vol en soute.

Section 10 Priorités de recherche

Études longitudinales d'actigraphie pré/pendant/post-vol ; biomarqueurs non invasifs (cortisol salivaire et fécal avec prélèvements sériés) ; variabilité de la fréquence cardiaque (HRV) comme indicateur d'activation autonome ; études comparatives chien vs. chat dans des conditions contrôlées de changement de fuseau ; interventions non pharmacologiques sur les zeitgebers évaluées par biomarqueurs.

Auto-vérification éditoriale Contrôle en 10 points

Portée déclarée. Espèces chien et chat. « Jet lag » comme étiquette opérationnelle ; pas d'extrapolation directe du syndrome humain.
Deux mécanismes différenciés. Désynchronisation circadienne vs. stress aigu du transport ; tableau comparatif présent.
Zeitgebers. Terminologie chronobiologique correcte ; zeitgeber expliqué (donneur de temps).
HPA/SAM. Axes Sympathique-Adréno-Médullaire et Hypothalamo-Hypophyso-Surrénalien traduits et utilisés de façon cohérente.
Limite d'extrapolation. Encadré d'avertissement explicite : inférence biologique, pas d'études d'actigraphie pré/post-vol chez chien/chat.
Preuves directes citées. Wenchner 2024, Leadbeater 2021, Bognár 2021, Piccione 2013, Randall 1985, Pastore 2011, Wormald 2017, Beerda 1998, Dunlap 2015.
Note clinique. Aucune manifestation pathognomonique ; diagnostic différentiel par le vétérinaire.
Mélatonine. Non prescrite ni recommandée ; preuves insuffisantes indiquées.
Hiérarchie des preuves. Tableau 9.1 et lacunes de preuve indiquées en section 9.2.
Double autorat. Jessica Ysabel Camacho Garcia (CMVP 12434) et Víctor Jesús Camacho Paz (CMVP 3103) en en-tête et JSON-LD.

Références

  1. Wenchner, J., et al. (2024). Evidence of social jetlag in family dogs. Scientific Reports. https://doi.org/10.1038/s41598-024-52648-2
  2. Leadbeater, K., et al. (2021). The welfare of dogs during transport. Veterinary Record. https://doi.org/10.1002/vetr.611
  3. Bognár, Z., et al. (2021). The effect of age and chronotype on the sleep of family dogs. Animals, 11(9). PMID: 34504118
  4. Wormald, D., et al. (2017). Physiological and behavioral responses of dogs to transport. Applied Animal Behaviour Science, 189, 78–87. https://doi.org/10.1016/j.applanim.2017.02.003
  5. Pastore, C., et al. (2011). Diurnal cortisol rhythm in family dogs. Animal Welfare, 20(3), 371–376.
  6. Kis, A., et al. (2014). The interrelated effect of sleep and learning in dogs: an EEG and behavioural study. Scientific Reports / Proc. Biol. Sci. PMID: 24452026
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